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Comment repérer les « bullshit » jobs ?

4 minutes
Publié le 08/03/2022
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« Bullshit jobs » ? Des emplois dont l’utilité est loin d’être… démontrée. Pourtant, ces dernières années, ils se sont multipliés. On vous dit pourquoi et, surtout, comment les repérer.

Théorisé par l’anthropologue américain David Graeber dans un ouvrage éponyme, le phénomène des bullshit jobs, qui représenteraient près de 40 % des emplois exercés dans nos sociétés, sont des postes inutiles, absurdes, voire carrément nuisibles. Et contrairement à ce qu’il serait aisé de croire – payé à ne rien faire ? La belle affaire ! –, ceux qui les exercent souffrent. « Il n’y a rien de plus difficile que de s’ennuyer au bureau, se sentir inutile, être payé à rien faire et culpabiliser » écrit l’anthropologue.

Dès lors, comment expliquer que ces métiers vides de sens, souvent bien payés et exercés dans des conditions plutôt confortables – ce qui les différencient des « shit jobs », mal rémunérés et aux conditions difficiles – se multiplient ? La réponse est sans doute dans la question. Mais pour le journaliste Nicolas Kayser-Bril, auteur de « Imposture à temps complet : pourquoi les bullshit jobs envahissent le monde », c’est surtout que « si l’on devait supprimer tous les jobs inutiles, il faudrait remplacer le travail par autre chose, ce que bien peu de politiques osent envisager. Au lieu de cela, c’est le travail que l’on redéfinit sans cesse afin de remplir les journées des citoyens ».

 

Les 5 grandes familles de « jobs à la noix »

Un job à la noix, c’est donc « une forme d’emploi rémunéré qui est si inutile, superflue ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence, bien qu’il se sente obligé, pour honorer les termes de son contrat, de faire croire qu’il n’en est rien » écrit David Graeber. Pour mieux illustrer son propos, l’auteur, qui s’est appuyé sur de nombreux témoignages, distingue 5 grandes familles de « jobs à la noix ».

 

Les larbins

Leur but ? Permettre à quelqu'un d'autre de paraître ou de se sentir important. Comme un démarcheur téléphonique chargé de vendre des actions à des clients de la part d'un courtier : « Mon poste n'avait strictement aucune utilité, si ce n'est de faire croire à mon supérieur immédiat qu'il était un gros bonnet et d'en convaincre les autres », confie-t-il à David Graeber. 

 

Les porte-flingues

Pour l’anthropologue, il s’agit de tout ceux dont le boulot « comporte non seulement une composante agressive, mais surtout n’existe que parce qu’il a été créé par d’autres ». Et l’auteur de s’interroger : « L’université d'Oxford a-t-elle réellement besoin d'employer une douzaine d'experts en relations publiques pour convaincre le monde de son excellence ? »

 

Les rafistoleurs

Ces employés passent leur temps à régler des problèmes qui ne devraient pas exister, rattrapent les bourdes de leur supérieur, comblent un manque d’organisation ou exercent des tâches qui pourraient être automatisées. « Une fois, j'ai travaillé dans une PME comme ‘’testeuse’’, témoigne une employée dans le livre de Graeber. J'étais chargée de relire et corriger les rapports écrits par leur chercheur/statisticien star... »

 

Les cocheurs de case 

« Il s'agit d'employés dont la seule raison d'agir est de permettre à une organisation de prétendre faire quelque chose qu'en réalité elle ne fait pas » écrit Graeber. Pour illustrer son propos, il retranscrit le témoignage de Betsy, chargée des activités de détente dans une maison de repos : « L'essentiel de mon travail consistait à demander aux résidents leurs préférences. Sauf qu’ils savaient très bien que c'était du pipeau et que personne ne se souciait vraiment de leurs préférences. »

 

Les petits chefs 

Sans doute le profil le plus connu... Selon Graeber, il se divise en deux sous-catégories :

  • La première réunit « ceux qui n'ont qu'une fonction : assigner ou déléguer des tâches à d'autres ». Comme Alphonse, dont le boulot consiste à encadrer et coordonner une équipe de cinq traducteurs. « Le problème, confie-t-il à l’auteur, c’est qu’ils sont formés à tous les outils dont ils ont besoin et savent très bien gérer leur temps et leurs missions. »
     
  • La seconde englobe « ceux dont l'essentiel du travail consiste à créer des tâches inutiles qu'ils confient à leurs subalternes. » Autrement dit, des gens qui « bullshitent la vie des autres » assure l’anthropologue.

Comment analyser une offre d'emploi ?

A la lecture de ces lignes, on imagine que vous n’êtes pas très emballés à l’idée d’exercer un bullshit job. Pour cela, un premier conseil : partez à la recherche de votre Ikigaï. Ou, si vous préférez, le job épanouissant au quotidien que vous aurez choisi et auquel vous trouverez du sens. Pour ça, il suffit d’un carnet, d'un stylo et d'un peu de temps libre.

Concernant les offres d’emploi, sachez lire entre les lignes. Pour ce faire, listez, classez et hiérarchisez les infos qu’elles contiennent :

  • l’environnement du poste (dimension de l’entreprise, implantation, activités, motif du recrutement),
  • les caractéristiques de la fonction (ses missions, les compétences requises, les moyens à disposition, ses contraintes, sa rémunération) ...

Ensuite, interrogez-vous : le travail décrit apporte-t-il quoique ce soit à la société ? Y aurait-il une différence s’il disparaissait ? Est-il concret ? Vous est-il possible de l’expliquer à vos proches ? Est-il compatible avec vos valeurs personnelles ? Avez-vous l’impression qu’il puisse être épanouissant ? Ces questions devraient vous permettre d’y voir plus clair.

Une dernière chose : si vous êtes embauchés et que vous avez l’impression que vos collègues exercent des bullshit jobs, alors il y a de fortes chances que ce soit également votre cas...

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